Article publié dans le journal Chinois People’s Daily le 26 mars 2019.

Lien Francais ; Lien Chinois

 

A la tête d’une grande organisation de recherche, la Chine est pour moi une évidence en matière de coopération scientifique. Depuis ma prise de fonction qui est intervenue au début de 2018, je m’y suis rendu à cinq reprises, dont trois à la seule fin de préparer ou tenir la XIVème Commission Mixte scientifique et technique franco-chinoise du 25 février 2019. Si j’ai choisi de m’impliquer dans les travaux de cette Commission, c’est bien entendu en raison de ma conviction que le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) est appelé à davantage collaborer avec ses homologues de la recherche académique et universitaire, à l’image des plus de 1 500 chercheurs de notre organisation qui viennent chaque année en Chine et des près de 1 400 doctorants chinois présents dans nos laboratoires en France. C’est également parce que je souhaite accompagner et encourager les initiatives de nos chercheurs qui travaillent de façon étroite avec leurs collègues chinois. Et elles sont nombreuses puisque le CNRS participe à une centaine de projets de coopération avec la Chine.

La Ministre F. Vidal avec son homologue WANG Zhigang (MoST) lors des travaux de la COMIX

Il y a également une raison plus personnelle. Elle est liée à mon étonnement quant au développement scientifique de la Chine. Je pense tout d’abord à la croissance très forte des dépenses de R&D ainsi qu’à la mobilisation d’un personnel de recherche qui atteint aujourd’hui quasiment 4 millions de personnes. Les retombées scientifiques (publications, brevets…) de ces investissements considérables font aujourd’hui de la Chine un partenaire que le CNRS doit intégrer dans sa stratégie internationale. Même si l’organisation de la recherche en Chine est sensiblement différente de celle qui prévaut en France.

La Ministre F. Vidal avec son homologue WANG Zhigang (MoST) lors des travaux de la COMIX

Des similitudes…mais aussi des différences

C’est un point très intéressant qui montre que chaque système de recherche peut évoluer dans des directions différentes, tout en visant l’excellence scientifique et en figurant dans le haut des classements internationaux, à l’instar du CNRS qui a fait émerger dans le sillage de ses activités 22 lauréats du prix Nobel et 13 récipiendaires de la médaille Fields. Lorsque l’on observe la situation de la République Populaire de Chine en 1949, on comprend bien que le souci des autorités en matière scientifique était alors de créer une organisation nationale de recherche avec une masse critique capable d’accompagner le développement du pays. C’est la naissance de l’Académie des sciences de Chine. La France s’est orientée presque au même moment vers le même choix en créant le CNRS, notamment en raison du fait que les universités n’avaient alors pas la capacité et les forces nécessaires pour constituer un appareil de recherche national.

Professeur Jules Hoffmann, prix Nobel de physiologie 2011 

Aujourd’hui, alors que la CAS et le CNRS sont les deux premières institutions scientifiques du monde (en nombre de publications), elles ont évolué sur des chemins différents en matière institutionnelle. Si la CAS a opté pour la création de son propre système universitaire (UCAS, USTC), le CNRS a, lui, choisi dans les années 60-70 un mode d’association partenarial avec les universités. Désormais, toutes les unités du CNRS sont en lien avec un partenaire universitaire et/ou industriel. C’est ce qui explique que toutes nos coopérations scientifiques impliquent des universités, y compris nos échanges avec la Chine. C’est aussi ce qui fait la richesse de nos collaborations.

Si j’évoque la proximité institutionnelle qui unit le CNRS et la CAS, malgré leurs différences en matière universitaire, c’est naturellement parce que ce sont tous deux des acteurs historiques de la coopération France-Chine. Depuis les années 50, malgré les aléas nationaux ou les contingences diplomatiques, les chercheurs du CNRS et de la CAS n’ont jamais cessé de collaborer. En janvier 1978, lorsque la France et la Chine signent le premier accord de coopération scientifique, les gouvernements de l’époque comptent sur le CNRS et la CAS pour le mettre en œuvre ! D’où l’accord entre les deux organisations en octobre de cette même année 1978. La dernière reconduction de cet accord est intervenue en juin 2018. Je l’ai signée avec le Président BAI Chunli au Grand Hall du Peuple à Beijing lors de la visite en Chine du Premier Ministre français, M. Edouard Philippe.

Reconduction de l’accord CNRS-CAS en présence des premiers ministres français et chinois (Beijing, juin 2018)

Une coopération d’excellence tournée vers l’avenir

Aujourd’hui encore la CAS occupe une place importante dans notre coopération, plus de 30% de nos copublications avec la Chine étant coproduites avec la CAS. Plusieurs dizaines de projets sont en cours avec elle. Le CNRS et la CAS sont par exemple très impliqués dans les projets satellitaires CFOSAT (environnement, lancé en oct. 2018) et SVOM (astrophysique, lancement prévu en 2021), en partenariat avec le CNES. Ce sont deux projets de plusieurs milliards de RMB. Avant cela, le CNRS et la CAS ont été au centre de la création en 1997 du premier laboratoire de recherche franco-chinois en informatique, le LIAMA, porté côté français par l’Inria, qui est encore actif aujourd’hui. Au début des années 90, la CAS et CNRS, avec d’autres institutions françaises et chinoises, ont été pionnières en sciences de la terre en caractérisant les phénomènes tectoniques de l’immense plateau tibétain au cours d’une dizaine de très grandes campagnes géologiques qui ont conduit à une meilleure compréhension et anticipation des séismes. Plus proche de nous dans le temps, je voudrais aussi citer le Centre Sino-Français J. Hoffmann dans le domaine biomédical à Canton, fondé et géré depuis 2014 par le prof. Jules Hoffmann, prix Nobel physiologie-médecine (2011) qui a fait l’essentiel de sa carrière au CNRS, à l’Université de Strasbourg.

Reconduction de l’accord CNRS-CAS en présence des premiers ministres français et chinois (Beijing, juin 2018)

Visite du Président Macron sur le site d’assemblage du satellite CFOSAT

Coopération franco-chinois en sciences de la terre 

Aujourd’hui, le CNRS réalise, finance et met en œuvre une partie significative de la coopération scientifique France-Chine. Un bon indicateur de cette situation est constitué par les copublications franco-chinoises : 72% d’entre elles impliquent le CNRS. Au cours des dernières années, nos échanges avec la Chine ont été facilités par le fort développement des capacités de recherche des universités chinoises. Cette tendance est appelée à se renforcer en raison des moyens toujours plus grands qui sont dévolus aux universités chinoises, en particulier dans le cadre du plan 双一流 (shuang yi liu, « double premier ») destiné à accélérer le processus d’excellence d’une vingtaine d’établissements en Chine.

A l’avenir, l’autre tendance qui animera les échanges scientifiques entre le CNRS et la Chine sera liée à l’exploration de formes évoluées de partenariats scientifiques et technologiques, à l’image de notre laboratoire conjoint Eco-Efficient Products and Process Laboratory E2P2L en chimie-environnent à Shanghai avec deux universités (Fudan et ECNU) et l’entreprise Solvay. E2P2L accueille une vingtaine de personnes qui développent non seulement des connaissances scientifiques mais aussi des brevets et des procédés innovants pour l’environnement en Chine. Le CNRS entend construire davantage de partenariats public-privé de ce type, notamment grâce à des cofinancements locaux. Cette orientation coïncide avec les préconisations de la COMIX du 25 février 2019 ainsi qu’avec l’important accord de cofinancement que le CNRS a signé avec la NSFC lors de cette réunion.

Alors que le Président chinois XI Jinping va se rendre en France prochainement, le CNRS et ses partenaires scientifiques chinois ont toutes les raisons de croire que notre coopération est appelée à se renforcer autour de projets toujours plus ambitieux et résolument tournés vers l’excellence.

Visite du laboratoire E2P2L (Shanghai) par la ministre F. Vidal et le PDG du CNRS A. Petit (juin 2018) 

Signature de l’accord CNRS-NSFC lors de la Comix (fév. 2019)